Saint-Gilles (20/08/2017) : Thomas Joubert s'impose avec quatre oreilles lors de la corrida 100% française de la Feria de la Pêche et de l'Abricot 2017...

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©ElTico
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Les arènes Emile Bilhau étaient pleines jusqu'au faîte alors que le paseo de cette corrida 100% française imaginée par l'empresa Toro Pasión de Julien Miletto et Pierre-Henri Callet, la seule d'une édition 2017 de la Feria de la Pêche et de l'Abricot pour laquelle il a fallu composer avec le grand départ Nîmois de la Vuelta cycliste, s'ébrouait.

Il faut dire que tout avait été fait pour que cette journée soit une réussite, les organisateurs ayant même souhaité qu'un poème hommage à Nimeño II soit lu en préambule à la corrida à l'occasion du 40ème anniversaire de son Alternative, et ce avant qu'une très émouvante Marseillaise ne soit interprêtée par le Baryton Frédéric Cornille. Sans oublier bien entendu, l'hommage appuyé d'une minute d'applaudissements à Ivan Fandiño, au cartel de la corrida dominicale en 2016 dans ces mêmes arènes. Malheureusement, un indésirable s'était également invité qui a perturbé passablement les débats... Il s'agit bien entendu du Mistral qui a défavorablement conditionné la tarde, et surtout gêné un Sebastián Castella ne semblant par ailleurs dans un très grand jour.
Au final et malgré des récompenses un peu généreuses, c'est le cadet des deux toreros français qui s'est imposé face à un lot de Margé plutôt âpre mais donnant du jeu, le dernier exemplaire, un toro mobile et noble mais sans classe, étant même crédité d'une surprenante vuelta posthume.
Un résultat statistique un brin triomphaliste, donc, mais qui ne doit pas dévaluer le triomphe d'un Thomas Joubert très présent d'un bout à l'autre de la course, impressionnant d'impavidité et de quiétude malgré un nombre de corrida toréées cette année tout de même bien en deçà de celui de son illustre aîné.

Laurent ElTico Deloye


La chronique d'Alexandre Guglielmet :

Le premier de la tarde dévolu à Sébastien Castella fut piqué loin derrière, sur une unique ration de fer. Malgré un vent gênant, le bitterois partit au quite, réalisant des chicuelinas avec succès. Après un entame de faena par des doblones ajustés, Castella trouva le bon rythme à donner à ce Margé maniable mais manquant de saveur. Malgré un vent tourbillonant l'empêchant de lier les muletazos comme il le souhaitait, Sébastien édita un trasteo plaisant, servant des passages harmonieux. Sa faena trouva les meilleurs moments sur la rive gauche, traçant des naturelles d'un joli cachet. Mort par entière au second essai, libérant une oreille du palco contestée par le public. Face à cette protestation, Castella posa l'appendice sur l'estribo et se contenta de saluer.
Le troisième ne sembla pas déborder de force à sa sortie mais poussa la monture de Gabin Rehabi avec une grande détermination. Au tercio de banderilles, Morenito d'Arles, lidiando, se retrouva à la merci des cornes après avoir trébuché en arrière. Au sol, le subalterne improvisa une larga, le sauvant d'un coup de corne. A la muleta, le Margé se montra violent, jouant des pitons lors des échanges. Sans matière première pour briller, Castella parvint à arracher quelques muletazos méritoires mais sans que le tout ne puisse monter en relief. Pinchazo suivie d'une lame trasera non concluante et de trois descabellos. Silence.
Le cinquième ira au cheval par deux fois sans s'employer, avant que Rafael Lisita n'enlève la montera après deux paires de banderilles de catégorie. Au dernier tercio, le Margé montra de mauvaises intentions sur les muletazos initiaux, se retournant court et présentant un danger constant. Face à ce paramètre, Castella réussit à extirper quelques passages volontaires mais ne s'attarda pas avec cet adversaire récalcitrant. Entière contraire suivie de deux coups de verdugo. Silence.

Thomas Joubert se distingua par un capoteo fleuri lors de la réception du second, avant d'envoyer son Margé pour un picotazo. Décidé, l'arlésien partit au centre pour une série de tafalleras pleine de quiétude. Dès les premiers échanges, le bicho montra des signes de faiblesse mais possédant toutefois un côté maniable à exploiter. Face à celui-ci, Thomas put exprimer sa tauromachie faîte d'un stoïcisme insolent et de verticalité. Après plusieurs séries plaisantes sur chaque rive, le diestro fit basculer sa faena dans une autre dimension. Lors d'une série initiée par une passe de las flores, il enchaîna par des decherazos intenses et templés à merveille, rematant par une passe dans le dos. La suite fut sur le même rythme, imprimant des échanges engagés qui trouvèrent échos sur les gradins. Il clôtura par des bernardinas ultra serrées avant de tuer par une demi lame au deuxième essai. Cette mort lente, conjuguée à un puntillero maladroit lui ôta tout espoir de trophée. Ovation avec Salut.
Le quatrième du lot reçut une monopique avant que Thomas ne dessine un quite très enlevé par tafalleras. Au dernier tercio, l'arlésien mit l'eau à la bouche par un début les deux genoux en terre déclenchant les accords musicaux. Face à cet animal aux intentions pas toujours claires, Thomas imprima une prestation notable dans son style si personnel. Ne cédant jamais un pouce de terrain, même lorsque les charges pouvaient paraître douteuses, il fit preuve d'une quiétude à toute épreuve pour dessiner des tandas agréables, agrémentant son trasteo par un répertoire varié et imaginatif. Il estoqua par une demi épée concluante par recibir. Deux oreilles dans la confusion la plus totale. La présidence sortant les deux mouchoirs mais les rangeant aussitôt, sans que grand monde n'ait compris le nombre réel de trophée. Dans un premier temps, Thomas reçut un seul appendice avant qu'en fin de vuelta, l'alguazil ne courre lui apporter la seconde oreille. En conclusion, une seule oreille aurait certainement suffi.
Le dernier se montra brave contre le groupe équestre, poussant bien la monture. Après un quite de Thomas par chicuelinas, Jeremy Banti fut invité à en éditer un. Ce qu'il fit avec réussite par des tafalleras de bon goût. Le début de faena de Thomas par passe du cartucho dans le dos, enchaîné par un pendule et un pecho firent frémir bruyamment l'assistance. A la muleta, le Margé se révèla compliqué et désordonné dans des charges sans classe. Captivant le public par un toreo de vérité, Thomas ira chercher des séries dans des terrains interdits. Sans atteindre des sommets d'intensité dû aux qualités limitées de son adversaire, Thomas, sûr de son toreo, eut le mérite de construire une faena digne d'intérêt, comportant des passages sur les deux rives bien rythmés et cadencés. Il remata cet ensemble par manoletinas, logeant ensuite une entière un poil plate d'effet fulgurant. Deux oreilles et Vuelta au toro très généreuse.


Arènes Émile Bilhau de Saint Gilles (30)
Dimanche 20 août 2017 à 17h30
6 toros de Robert Margé
Lleno
Durée : 2h35
Beau temps avec vent gênant.

S.Castella : Oreille / Silence / Silence
T.Joubert : Ovation avec Salut après avis/ Deux oreilles / Deux oreilles.

Thomas Joubert sortit à hombros par la grande porte de plaza gardoise.
Le toro sorti en sixième position, portant le numéro 210 , né en janvier 2013, pesant 530 kilos fut primé d'une vuelta posthume.
Jeremy Banti officiait en tant que sobresaliente.


Alexandre Guglielmet


Voir le reportage photographique : ElTico