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Mimizan (19/08/2017) : le sérieux d’Escribano et l’élégance de Tomas Campos face à de bons Loreto Charro...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
L’équipe du président Guy Larrazet avait le sourire à l’issue de la traditionnelle corrida des Fêtes de Mimizan. Tout d’abord, et c’est le nerf de la guerre, les arènes du Courant étaient copieusement garnies. Après une édition 2016 très décevante, celle de 2017 avec la sortie en triomphe du mayoral et des trois toreros redonnera le moral aux organisateurs et surtout incitera le public parfois néophyte à revenir l’an prochain.


Pour les aficionados présents, la surprise est venue aussi de la présentation et du comportement des toros de Loreto Charro Santos. D’origine Pilar / Aldanueva, ils ont autrefois faits les beaux jours des arènes de Bayonne. Pour son retour en France, l’éleveur a envoyé un lot avec du trapio. Certes ils ont manqué de bravoure à la pique, se défendant, parfois en sautant au cou du cheval, plus qu’ils ne poussaient. Seul le dernier a pris deux piques. A la muleta, ils ont fait preuve de noblesse, mais à l’exception du cinquième soso, ils ont aussi été exigeants. Le meilleur du lot a été le quatrième. Très encasté, il a malheureusement été masqué au troisième tiers par un Padilla plus occupé à faire son show qu’à mettre en évidence les qualités du bicho. A l’exception du cinquième, faible, ils ont l’air d’avoir bien supporté d’avoir été embarqués, hier soir et débarqués directement du camion.
Plus sérieux et appliqué, Escribano et Tomas Campos sont à créditer l’un et l’autre de faenas intéressantes et ont, eux, mérités les trophées coupés.

Le premier est bas, bien amé. A la cape, il n’humilie pas et avertit le torero sur la corne gauche. Sans être mis en suerte, il vient de loin sur le cheval, mais ne pousse pas sous le fer. Padilla partage les banderilles pour un tercio à l’avantage du cyclone de Jerez auteur de deux très bonnes dans le berceau des cornes. A la muleta, il double bien un toro noble et juste de forces. Sans complètement se croiser, il enchaine une bonne série de derechazos dès le début de la faena en toréant à mi hauteur. Dès les passes suivantes, il se fait promener et parfois dominer par un toro Loreto Charro qui glisse progressivement vers les tablas. Le toro va à menos. Après quelques muletazos, le long des planches et un adorño par manoletinas, Padilla coupe une oreille après une entière en place et un descabello.

Le second est bien fait et surtout bien armé. Bien mis en suerte, il se défend sans pousser sous le fer pour une unique rencontre. Nouveau partage des palos pour un tercio très moyen, Padilla rate la pose de ses banderilles et celles d’Escribano sont lointaines. Le toro arrive à la muleta sur la défensive et très désordonné. Sur la première série, il s’arrête à mi passe. Avec beaucoup d’application et de technique, Escribano corrige la charge du toro et en l’obligeant le fait aller à mas sur la série suivante à gauche. Le toro finit par humilier et permet au torero d’enchaîner sur deux bonnes séries à droite en mettant la jambe. Escribano termine sa faena en réduisant les terrains tout en continuant à toréer avec justesse et fluidité. Il s’engage pour une entière trasera longue à faire effet. L’andalou coupe une oreille de bien plus de poids que celle coupée précédemment par Padilla.

Tomas Campos revient sur les lieux où il avait triomphé, il y a deux ans aux côtés de Juan Bautista. Son premier adversaire est gordito et très bien armé. Il est fuyard et envoie un coup de tête à chaque passe de cape. Il prend une pique sans pousser. A la muleta, il est exigeant, envoie un coup de tête dès les premiers doblones. Campos le toréé à mi hauteur sans vraiment peser sur un toro qui lui touche la muleta à plusieurs reprises et l’oblige à reculer. Alors que l’ensemble de la faena, bien qu’émaillée de belles attitudes toreras a manqué de domino ; Campos la termine par une série d’adorño de grande classe, très templés et, dominateurs .Il y a vraiment un monde entre une faena moyenne et ce final de grande classe. Le torero de Badajoz coupe une oreille après une entière en avant et deux descabellos.
Le quatrième est un très beau toro, dans le type de l’encaste, costaud et bien armé. On sent, que comme à Eauze, Padilla va profiter de son second pour faire son show. Le bicho se défend sous le fer mais permet au torero de réaliser un très bon tercio de banderilles. Et c’est parti pour le Padilla Cirrus. Le problème c’est que dans les premiers muletazos, il est apparu que le toro était très noble et offrait beaucoup de possibilités à condition de le toréer avec sérieux. Padilla enchaine des séries de muletazos, plus souvent à genoux que debout, fuera de cacho et sur le pico. Il se colle au toro après chaque passe gaspillant les qualités du Loreto Charro. On parle souvent de toreros qui sont mal servis au sorteo, là c’est plutôt le toro qui a eu un tirage au sort malheureux. Padilla est à court de moyens physiques et doit, sur une faena de moins de six minutes, s’aménager des temps de récupération. Il met une première épée de travers, tente trois descabellos. Passablement surexcité, il reprend l’épée pour un bajonazo qui sera efficace . Le toro tombe bien au-delà du temps du second avis.
Une pétition minoritaire déclenche un mouchoir blanc totalement immérité et une bronca, elle majoritaire, pour le président. Le toro, qui est resté quasi inédit, est applaudi à l’arrastre. Entre d’autres mains, c’était probablement un toro de vuelta.

Le cinquième, un des deux plus jeunes de l’envoi, est aussi le plus léger et le moins bien fait. Très anovillado, il est aussi faible et sera contesté par une partie du public. Lui aussi, il se défend et ne pousse pas au cheval. Escribano rate complètement son tercio de banderilles et se rattrape en posant une quatrième paire de meilleure facture que les trois précédentes. A la muleta, le toro est faible et noblote. Au début Escribano doit le soutenir passe après passe pour arracher quelques muletazos. Le toro devient de plus en plus soso au fur et à mesure qu’il va à menos. Le torero appliqué et sincère est très au dessus de son opposant. Il s’efforce de créer une faena mais le peu de transmission de son opposant la rend très vite languissante. Manuel coupe une oreille après une entière habile et efficace.

Le dernier, très bien présenté, est applaudi à son entrée en piste. Il prend deux piques, poussant à la seconde. A la muleta, il est noble mais n’humilie pas jusqu’au bout de la passe. Tomas Campos, le protégé de l’’AAJT du président Vincent Serrano, construit une très intéressante faena fait de moments de courage quand il aguante un toro tardo, surtout à droite, et de toreria quand il enchaîne avec beaucoup de finesse et de temple naturelles et derechazos. C’est la meilleure faena qu’il ait réalisée cette temporada et on y retrouve les qualités de celles, face aux Baltasar Iban de Tyrosse. Cette fois ci le torero a dominé son opposant et coupe deux oreilles après ¾ de lame en place et très efficace.

Tour le monde quitte le ruedo de Mimizan à hombros. Le public quitte les gradins souriant et content. Et surtout, la corrida a trouvé sa place, et probablement son « positionnement marketing » dans les arènes de la Perle de l’Atlantique.

 

Fiche technique
Mimizan, corrida traditionnelle des fêtes locales
6 toros de Loreto Charro Santos, bien présentés et donnant du jeu, à l’exception du cinquième anovillado et faible pour :


Juan José Padilla : une oreille, un avis et une oreille généreuse et bruyamment contestée
Manuel Escribano : un avis et une oreille, une oreille
Tomas Campos : un avis et une oreille, un avis et deux oreilles


7 piques et picotazos
Cavalerie Bonijol
Président Franck Lanati
Musique Al Violin de Samadet
¾ d’arènes
Soleil et brise marine frisquette
La terna et le mayoral sont sortis à hombros
A l’issue du paseo, une minute d’applaudissement a permis de rendre hommage à Ivan Fandiño et aux victimes des lâches attentats de ce weekend

Thierry Reboul

 

Voir le reportage photographique : Philippe Latour