Béziers (15/08/2017 - tarde) : Deux oreilles pour Juan Bautista, qui sauve la Miurada biterroise du naufrage...

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©ElTico
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Les années se suivent et ne se ressemblent pas à Béziers, concernant la Miurada qui clôture traditionnellement le cycle aoûtien... L'édition 2016 avait consacré Rafaelillo et fourni le meilleur lot de toros de la Feria. Cette année, une grosse déception attendait les aficionados qui garnissaient confortablement les étagères.

Car en effet, l'affiche avait de quoi séduire les tenants de la devise verte et rouge, avec pour affronter les cornus de Zahariche, le spécialiste Rafaelillo et un Juan Bautista n'en finissant plus de traverser le meilleur moment de sa carrière...
Après deux heures trente de spectacle et neuf toros sortis en piste, c'est une extraordinaire faena de l'arlésien face à un sobrero de Jose Cruz qui autorisait les spectateurs à repartir un peu consolés de leurs désillusions toristas, afin de rejoindre les bodegas de l'avenue Saint-Saëns. Alors que vingt minutes plus tôt, ils auraient certainement été plus enclins à regagner leurs foyers pour y noyer leur chagrin...
Et si je n'ai pas l'habitude de critiquer les Présidences dans mes éditos, vous savez, le fameux "la critique est aisée mais...", force est de constater que celle qui a tenu les rènes de cette Feria, dont les décisions ont déjà pu être déconcertantes les jours précédents, n'a rien fait aujourd'hui pour donner satisfaction au public, qui on le rappellera pour mémoire, paye ses places et contribue au premier chef à faire vivre la Fiesta... Il est vrai que lorsque deux Miuras invalides sont retournés aux corrales après seulement trois combats, il y a de quoi se poser des questions. Mais s'obstiner à en maintenir un en piste, quitte à ne lui faire prendre qu'une mini ration de fer et deux banderilles pour éviter un nouveau changement, est indigne de la Présidence d'une arène de première catégorie. Et c'est tout à l'honneur du Maestro arlésien que d'avoir eu l'élégance de tenter de toréer cet exemplaire à mi-hauteur en début de faena, avant de se rendre à l'évidence et d'abréger, plutôt que de lui infliger une série par le bas qui l'aurait envoyé à coup sûr au tapis et ainsi vu terminer sa vie publique sous la bronca. Le public l'a compris qui a pris fait et cause avec le torero face à cette présidence qui tardait encore à faire jouer la musique au sixième, décidément, alors que pour le dernier combat de cette Feria 2017, cette communion entre un grand torero et un Jose Cruz venu de nulle part, était tout à fait inespérée, voire quasi miraculeuse...
Malheureusement, l'émotion ressentie à cet instant ne bousculera jamais les statistiques, l'épée a recibir et le descabello ayant trahi Juan Bautista qui ne recevra qu'un apendice auriculaire à l'issue de cette faena de grande dimension. L'Arlésien refusera d'ailleurs de sortir a hombros par la Porte des Cuadrillas, à raison, mais sous une immense ovation qui à elle seule, en disait long sur la reconnaissance du public des arènes du Plateau de Valras.

Laurent ElTico Deloye


La chronique d'Alexandre Guglielmet :

Rafaelillo salua le premier par larga avant de le lidier par fuera, le Miura restant sur les chevilles. L'astado se montra bravito sous le fer lors de deux puyas maladroites. Sur les premiers muletazos, le Miura perdit les mains par trois fois. Face à cet animal avisé, très court de charge et se retournant sur l'homme, Rafaelillo livra une prestation vaillante et téméraire, arrivant à arracher des muletazos appliqués sur les deux côtés. Pinchazo suivi d'une demi lame suffisante. Ovation avec Salut.
Le troisième Miura du lot est renvoyé aux corrales pour un manque flagrant de force. C'est donc le Miura qui devait sortir en cinquième position qui entra dans le ruedo. Hélas, après une réception de Rafaelillo par deux largas et veroniques, le Miura se révèla faible des antérieurs. Après deux piques trop appuyées pour la circonstance, le protégé de Lionel Buisson, toreant beaucoup à la voix, tira tout ce qu'il put d'un opposant faiblard mais se laissant. Il réussit à construire une faena ambidextre méritoire, variant son trasteo par des molinettes à genoux ou série de pechos. Mort par entière après pinchazo. Oreille.
Le cinquième de la tarde est donc un sobrero appartenant à José Luis Pereda. Le toro se montra guère intéressé par le capote de Rafaelillo. Au tercio de piques, le lancier se montra très maladroit, sortant sous les huées. Les subalternes ne furent pas non plus en réussite lors d'un tiers de banderilles navrants. Après un brindis à son compagnon de cartel, l'espagnol initia sa faena par des muletazos main gauche posée sur les tablas. Face à un toro tardo et brusque, Rafaelillo, quelque peu électrique, imprima des passages notables mais sans que le tout ne puisse vraiment monter en intensité, faute de liant et de transmission. Mort défectueuse en six temps. Silence.

Le premier de Juan Bautista fut changé pour cause de manque de force et remplacé par le Miura initialement prévu en quatrième position. L'arlésien le réceptionna par veroniques avant de lui dessiner des chicuelinas très ajustées. Au tercio de piques, le pensionnaire de Zahariche ira deux fois au cheval pour deux légères prise de châtiment, sans parvenir à pousser. En technicien hors pair qu'il est, Juan Bautista trouva instantanément le bon tempo pour extraire le meilleur de "Ahumadito", toro supérieur la rive droite. Dominateur et précis dans ses toques, il régala le public notamment sur la diestra, imprimant un trasteo de qualité à base de séries intenses et variées. Après une entière non concluante, il fit sortir tous ses subalternes pour descabeller seul en piste, ce qu'il fit avec succès. Oreille.
Juan Bautista réceptionna son second Miura par des veroniques bien cadencées avant de se faire désarmer sur le remate. Désireux de ne pas en rester là, le diestro reprit aussitôt un capote pour finir parfaitement sa réception. Comme ses frères, le Miura se montra par la suite faible et fut piqué sur une seule rencontre. Lors du tercio de banderilles, le bicho perdit les mains, faisant descendre de vives protestations des tribunes. Face à cet animal invalide, Juan Bautista abrégéa en toute légitimité le combat. Silence.
Le second sobrero marqué du fer de Cayetano Muñoz fut remplacé par un José Cruz, cette fois pour cause de boiterie. Juan Bautista se mit en évidence par des delantales allurées enchaînant par chicuelinas. Le bicho ne semblant pas déborder en force, il fut économisé sur une unique puya. Brindis au conclave. Connectant avec une facilité déconcertante avec le public, Juan Bautista inventa une faena à un adversaire maniable mais sans transmission, transformant au fil des minutes son labeur en véritable faenon. Dans une muleta poderosa et enivrante, il livra un récital de haute volée, composé de muletazos templés et relâchés, faisant lever la foule comme un seul homme. Pour agrémenter cette prestation XXL, il fit étalage tout au long de sa faena d'un répertoire riche, entre passes dans le dos, molinettes à genoux, passes du cartucho, martinetes, passes du desden pour le plus grand bonheur des tendidos. Après un pinchazo par recibir et un tiers de lame, il descabella par deux fois. Cette mort en quatre assauts lui coûta certainement l'octroi d'un second appendice. Oreille.


Arènes de Béziers (34)
Mardi 15 août 2017 à 18h
6 toros de Miura et 3 sobreros , José Luis Pereda, Cayetano Muñoz, José Cruz.
Poids : 643 , 658 , 648 , 580 , 596 , 660 , 540 (Pereda) , 565 (Cayetano Muñoz).
2/3 d'arènes
Beau temps
Durée: 2h40

Rafaelillo : Ovation avec Salut / Oreille / Silence après avis.
Juan Bautista : Oreille / Silence / Oreille après avis.

Sobresaliente : Jeremy Banti


Alexandre Guglielmet


Voir le reportage photographique : ElTico