Dax (14/08/2017 - tarde) : Corrida entretenue de Pedraza de Yeltès...

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©Philippe Latour
©Philippe Latour
Déprimés par la prestation des toros lors des trois premières corridas de la Féria, les dacquois avaient besoin de se redonner du moral. Ils ont confié cette mission aux toros de Pedraza de Yeltès Très bien présentés, avec du trapio (promedio de 600 kg), pas très jolis de têtes comme souvent dans cette ganaderia, les toros de cette après-midi ont surtout brillé au troisième tiers. Au premier, où les générations de Pedraza précédentes ont tant excellé, ceux d’aujourd’hui ont poussé à la première rencontre. Rencontre souvent trop forte, où ils ont laissé beaucoup de forces.

La deuxième rencontre a souvent été pour la forme et un seul est allé trois fois cheval, et encore c’est la pique de tienta qui a été utilisée pour la troisième mise en suerte. Il est difficile de juger objectivement de la bravoure d’un toro dans de telles circonstances. Et ce d’autant qu’ils ont été souvent mis en suerte (ou pas) loin du cheval la première fois, puis rapprochés à la seconde. Au troisième tiers, ils ont fait preuve de noblesse, en particulier le cinquième et surtout le quatrième qui faisait l’avion à droite et à gauche sur chaque muletazos. Le mouchoir bleu est à la mode dans la cité thermale, cinq vueltas pour dix toros ce lundi, les quatrième et sixième ont eu droit au tour d’honneur posthume. Elle peut se comprendre pour le quatrième, bien qu’il s’agisse essentiellement d’un toro de troisième tiers, elle est plus discutable pour le dernier qui a pris une très bonne pique puis a baissé de ton lors des deux suivantes (dont une avec la puya de tienta) et qui est allé à menos lors de la faena.
Globalement une course meilleure au troisième tiers qu’au premier et qui devrait inciter les figuras à tenter l’expérience Pedraza., ce qui ne serait pas pour déplaire au ganadero.
Côté toreros, le meilleur de la terna a été sans conteste Daniel Luque qui aurait certainement apporté une toute autre dimension à la lidia du quatrième Pedraza. Rafaelillo a touché le meilleur bicho de la course (à la muleta), appliqué et toujours aussi exubérant, il lui a manqué le temple pour exploiter au mieux la superbe charge du toro. Roman est resté très en dessous du potentiel des toros qu’il a affronté.

Le premier est vraiment dans le type Aldanueva. Il humilie bien à droite dans le capote et est plus réticent sur l’autre corne. Mal mis en suerte, il pousse à la première rencontre. Bien placé au centre de la piste, il charge et prend un puyazo léger. Après avoir brindé au public, Rafaelillo commence sa faena de rodillas et se fait désarmer. Dans son style toujours un peu brusque, il profite bien de la bonne corne droite du bicho. A gauche c’est plus compliqué et le torero a du mal à s’imposer. Le toro va à menos et le matador le tue d’une entière très en avant après deux pinchazos et une demie. Rafaelillo salue au centre et l’arrastre est applaudie.

Le second est faible et un peu fuyard. Il prend deux piques carioquées. Il boite légèrement en début de faena, claudication qui disparaitra au cours de la lidia. A la muleta, le Pedraza est noble, limite soso. Daniel Luque est un torero fin et élégant. Il profite des qualités du toro pour enchaîner de bonnes séries à droite et à gauche. Il y a de la classe dans sa manière de toréer, dommage que le bicho transmette peu d’émotion au troisième tiers. Après des Luquesinas Il tue dune entière un peu basse et coupe une oreille.

Le troisième est tardo et distrait à sa sortie du toril. Il prend deux piques en poussant et aurait pu en prendre une troisième. Aux banderilles, il met en déroute les cuadrillas et il faut l’intervention de Rafaelillo, excellent ce jour en tant que chef de lidia, pour remettre de l’ordre sur le pont du navire. Roman est un jeune torero qui est encore vert. Il manque de poder. Le toro est noble. Il le toréé sur le voyage sans peser sur lui. Il alterne des muletazos appliqués avec d’autres brouillons. Le toro prend le dessus sur le torero qui a beaucoup de mal à le cadrer puis à le tuer.

Le quatrième est accueilli de rodillas par Rafaelillo. Il prend deux piques. Que ce soit à la première en partant de loin, ou à la seconde de plus près (cherchez l’erreur), il vient bien au cheval mais ne pousse pas. Après un joli quite de Luque, Rafaelillo commence, une nouvelle fois, sa faena de rodillas ce qui n’apporte rien à la lidia. Dès les premiers muletazos, debout, le Pedraza se révèle être une machine à embister. Le torero exploite en premier lieu la corne droite. Le toro s’élance avec alegria, boit le leurre et répète presque sans sollicitation. Il a le même comportement quand le torero le sollicite sur la gauche. C’est un régal de le voir charger avec tant de noblesse. Le torero est appliqué mais ce type de bicho ne correspond pas à sa tauromachie et à ce qu’il a l’habitude d’affronter. Il manque de temple et quelque peu de domination sur un animal auquel on doit imposer le rythme et dont on doit canaliser la charge pour en extraire, comme l’aurait écrit Pascal, la substantifique moelle. Même si Rafaelillo n’a pas démérité, j’aurai aimé voir ce Pedraza dans les mains de Daniel Luque. Le torero de Murcie s’engage avec sincérité pour une excellente épée efficace qui mérite à elle seule une oreille. Il en coupe deux et le mouchoir bleu est sorti, oui pour le troisième tiers mais il manque quelque chose au premier.

Le cinquième est fuyard à sa sortie du toril. Bien reçu à la cape par Luque, il pousse bien à sa première rencontre avec le cheval. Mal mis en suerte, il en prend une deuxième légère. Le toro est probablement aussi noble que le précédent mais il manque de force pour exprimer cette noblesse. Avec beaucoup de finesse, d’élégance et de douceur, Luque en tire quelques bonnes séries sur les deux cornes. La soseria du toro, conséquence de sa faiblesse, limite l’impact émotionnel de la faena. Luque coupe quand même une oreille après une entière légèrement tombée.

Le sixième est une force de la nature. Il prend une très belle première pique, bien administrée par le piquero de turno, fait reculer le cheval qui chute. Il y a de l’émotion sur les gradins suite à cette première rencontre. A la seconde il vient bien au cheval mais la puya est vite relevé. Contre l’avis du public, le président, à la demande du torero, change le tercio. Colère sur les gradins, Roman demande à son picador de se replacer et de prendre la pique de tienta. Le toro charge, la rencontre est brève et le toro pousse peu. Difficile de juger en totalité la bravoure sur une telle rencontre où il manque l’impact de la douleur ressentie. La pique de tienta ne devrait intervenir qu’à la quatrième rencontre, après que trois vraies rencontres aient eu lieu. Cela permettrait de valoriser la bravoure du toro après l’avoir objectivement mesurée. Ce qui est sûr c’est que le début de faena a mis en évidence le travail qu’il reste à faire à Roman pour se mettre au niveau de ce type de toros. Il est en dessous de ce qui lui propose le Pedraza. Le toro, probablement par ennui, va à menos. Il semble difficile de lui accorder une vuelta compte tenu de cette fin de faena. Pourtant le président sort le cinquième mouchoir bleu de la journée et le mayoral est invité à saluer. Roman regagne le callejon avec quelques applaudissements après avoir tué d’une entière basse.

Le mayoral sort à hombros avec Rafaelillo et Daniel Luque. Ainsi s’achève la Pedrazada dacquoise 2017, il y en aura probablement une en 2018. Reste à savoir si les figuras seront présentes.

 

Fiche technique
Arène de Dax, quatrième corrida de la Féria 2017
6 toros de Pedraza de Yeltès, très bien présentés, nobles et donnant du jeu pour :

Rafaelillo : salut au centre, deux oreilles
Daniel Luque : un avis et oreille, un avis et oreille
Roman : un avis et silence, silence

Treize rencontres avec la cavalerie Bonijol
Vuelta aux quatrième et sixième toro
Salut du mayoral au sixième
Sortie à hombros de Rafaelillo, Luque accompagné du Mayoral
Poids : 600, 620, 585,590, 580,630
Président : Bernard Cissé
Presque plein
Temps lourd et orageux

Thierry Reboul

 

Voir le reportage photographique : Philippe Latour