Saint-Sever (27/09/2015) : Blessure sérieuse de Thomas Dufau et triomphe de Juan Bautista face à de rudes Victorinos...

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@Cyrille Vidal
@Cyrille Vidal
C’est devant des gradins quasiment pleins et des arènes joliment décorées par Loren que s’est déroulée la corrida goyesque organisée par la Peña Saint Jean de Saint Sever. Cette opposition Sud-Est (Juan Bautista) vs Sud-Ouest (Thomas Dufau) a tourné court suite à la très sérieuse blessure à la main (rupture des tendons) du torero landais à son premier toro. Le torero provençal a donc du lidier et estoquer cinq toros de Victorino Martin.

De présentation hétérogène mais correcte vu le contexte, avec des têtes commodes le lot envoyé à Saint Sever par le ganadero de Galapagar nous a rappelé par son comportement les Victorinos d’il y a quelques années. Agressifs face au cheval, mansos avec plus ou moins de caste, ils se sont montrés compliqués face à la muleta. Ils s’engageaient dans la muleta, parfois en humiliant, mais ne quittaient pas des yeux le torero. Ils ne permettaient aucune erreur, Thomas Dufau l’a appris à ses dépends, Juan Bautista a frisé à plusieurs reprises la correctionnelle.
Course à l’ancienne et pas que, parce qu’il s’agissait d’une goyesque, animée et avec de l’émotion avec un Juan Bautista très engagé et très efficace qui a réussi à imposer sa loi à ses adversaires. Il aurait pu couper plus de trophées s’il avait été aussi efficace avec les aciers qu’avec la muleta.
Le premier, typé Buendia ou Saltillo, sort au pas du toril. Bien mis en suerte face au cheval, il prend deux piques en poussant. En vrai santa Coloma, il accuse le coup après la seconde puis se réveille aux banderilles. Il met la tête dans la muleta avec agressivité. Il a du piquant et Juan Bautista doit s’employer pour le canaliser à droite. Il finit par prendre le dessus, à condition de garder le museau dans la muleta. Le toro cherche les planches, se complique à gauche et la fin de faena est droitière. L’arlésien coupe la première oreille de la tarde.
Le second est le plus léger du lot. Il est légèrement handicapé du train arrière. Même s’il ne pousse que sur les antérieurs, il va à mas au cheval. A la muleta, il met la tête mais si on ne le maintient pas vers le bas, ou si on finit une série par le haut, il se rebelle et envoie un violent coup de tête. Thomas Dufau tente de canaliser son opposant. Sur un nouvel extraño, il sera pris par la corne droite au niveau de la chaquetilla et par la gauche dans la main. Il estoquera le Victorino, coupera une oreille avant de se rendre à l’infirmerie.
Les tendons de la main coupés, il ne reviendra pas en piste laissant Juan Bautista seul face aux quatre derniers toros.
Le troisième sera le manso du lot. Il prend deux piques sans pousser. A la muleta, il regarde plus le torero que le leurre. Il a une charge brusque et très courte et ne permet pas grand-chose. Jean Baptiste abrège, avec raison, la faena ce que ne comprendra pas une partie du public. Le toro est sifflé.
Le quatrième bien présenté, sort de façon désordonnée. il est bien canalisé par le torero arlésien ; il prend deux piques en poussant obtenant la chute du groupe équestre à la première. Marco Léal salue après deux très bonnes paires de banderilles. A la muleta le toro se défend plus qu’il ne charge et garde lui aussi un œil sur le torero. Il faut arracher les passes en se battant avec l’animal qui est très compliqué à droite . Juan Bautista s’en sort avec les honneurs grâce à son métier (et aussi à sa condition physique). Il perd tout espoir de trophée avec l’épée.
Le cinquième, lui aussi typé Buendia ou Saltillo, met la tête dans les premières passes de cape avant d’envoyer un violent coup de tête à la dernière. Il pousse à deux reprises sous le fer. Le toro a une excellente corne gauche qu’exploite avec technique et élégance le torero arlésien. Il arrive à obliger le toro sans le contraindre et met en évidence son fond de noblesse . A droite c’est plus compliqué et le toro passe moins bien. Noble avec du piquant, cela reste un Victorino et chaque erreur manque de virer à l’accrochage. L’épée n’est pas à la hauteur de la faena et le torero doit se contenter de saluer au tiers. L’arrastre est applaudie.
Le sixième vient en crabe à la pique mais pousse lors des deux rencontres. Le sobresaliente, Jérémy Banti en profite pour faire un quite. Morenito d’Arles salue aux banderilles .Le toro est noble et aussi un peu faible. Il permet plus que les cinq précédents, même si le danger est encore présent. Juan Bautista en profite pour construire une bonne faena dominatrice alternant des séries intéressantes des deux mains. Il tue d’un recibir très efficace malgré une épée en avant et sur le côté et coupe deux oreilles qui viennent récompenser cette faena mais aussi son implication et sa maîtrise technique tout au long de l’après-midi. L’arrastre est applaudie.
Par respect pour son compagnon de cartel, Jean Baptiste sort à pied par la grande porte.
Ainsi se termine une très intéressante corrida grâce à un Juan Bautista excellent lidiador face à des Victorino Martin « retrouvés » c'est-à-dire mansos con casta compliqués mais permettant à condition d’avoir le savoir faire et l’envie.

 

Fiche technique : Saint Sever, corrida goyesque, avec 6 toros de Victorino Martin ,mansos con casta pour


Juan Bautista : une oreille, division d’opinion, silence, salut au tiers, deux oreilles
Thomas Dufau : une oreille blessé gravement à la main (rupture des tendons)


Sobresaliente : Jeremy Banti
13 piques, cavalerie Bonijol

Salut de Marco Leal (4ème) et Morenito d’Arles (6ème)

Quasi lleno
Arènes décorées par Loren
Température agréable

 

Thierry Reboul

 

Voir le reportage photographique : Cyrille Vidal