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Vic (10/07/2021 – matinale) : Enfin, on reVic !...

Visuel Vic 10072021MNous avons tous eu le sentiment de revivre quand ont résonné les notes d’Aragona dans des arènes vicoises. Quel plaisir de revoir les deux jeunes et sémillantes alguacillas qui ouvrent le paseo. On retrouve l’ambiance, avec ses bons et ses mauvais côtés, de la capitale gersoise de la tauromachie.

Les organisateurs ont fait l’effort de maintenir une novillada malgré un nombre de corridas réduits pour cette édition 2021 de la Féria.
Et ils ont eu raison car , même si la course n’a pas atteint les sommets, il y a eu de très bons moments.
Superbement présentés les novillos de Raso de Portillo ont par leur comportement contribué à l’intérêt de cette novillada. On est loin du toro standard actuel. Il n’ya pas ce mélange de noblesse, fixité, collaboration et durabilité qui font le bicho moderne. C’est une autre tauromachie mais qui peut avec un bétail comme celui de ce matin transmettre une vraie émotion. Emotion qui vient de la présence, de la personnalité de l’exigence qu’ils imposent aux toreros. Souvent ils sont compliqués à toréer. Ceux de ce matin permettaient. Dommage que seul José Cabrera ait été techniquement et moralement à la hauteur des utreros.
Vic est probablement l’arène, avec Céret, où les piqueros sont les plus respectés et leur travail le plus mis en valeur. Il semblerait que la pandémie ait brouillé leur mémoire car ils nous ont gratifiés d’un festival de piques traseras, dans l’épaule et carioquées malgré les protestations d’un public qui vient à Vic pour voir autre chose. On a même vu des piques « à l’envers » ce qui avec la pique Bonijol utilisée ce jour se voient comme une ligne rouge qui barre la mauvaise copie d’un étudiant.
Tout avait bien commencé quand Carlos Aranda embarquait dans sa cape le premier, le plus léger du lot, Le novillo met bien la tête et lui permet d’enchaîner des véroniques allurées. Le Raso prend trois piques la première sans être mis en suerte et affreusement carioquée. Pas mieux sur les deux suivantes, bronca pour le piquero. A la muleta, le novillo est noble, se laisse toréer. En début de faena de Carlos Aranda exploite ces qualités en toréant sur le voyage. Le public lui reproche de ne pas se croiser, ce qui est vrai. Cette hostilité, un désarmé et un manque de confiance du novillero font que celui perd le fil des évènements alors que le novillo affiche de plus en plus de possibilités. Aranda passe à côté d’un novillo de triomphe. Il finit par être débordé par un utrero qui ne demandait qu’à donner ses oreilles. La mise à mort est plus que laborieuse et c’est sous les sifflets nourris que le torero regagne le callejon. Le président sort un mouchoir bleu généreux. Certes le toro avait de la noblesse mais il manquait de cette personnalité que l’on attend de ce type d’élevage.

José Cabrera accueille le second, joliment présenté, par une paquirrina. Le novillo se montre dès le début plus exigeant que le précédent. Il prend deux premières piques traseras, sans pousser et surtout pique à l’envers. Le picador se fait recadrer par le public et la troisième pique, à l’endroit, est d’un tout autre niveau. Bien placé et sans carioca, le novillo, (est-ce un hasard ?) pousse.
Cabrera prend les banderilles pour un tercio de très haute volée qui lui valent les premières ovations de la matinée. On retiendra la superbe deuxième paire posée dans le berceau des cornes. Avec autorité et élégance, le novillero commence sa faena par une série de doblones. A gauche, cité de loin le novillo passe bien et baisse la tête. La deuxième série, à droite est plus accrochée. A force d’application, en se croisant le novillero prend le dessus et le toro finit par humilier un peu plus. Retour à gauche pour quatre séries de naturelles données presque toutes de face avec temple et beaucoup de sincérité. Cabrera conclut par une entière basse et un descabello. La pétition est plus que majoritaire. Le président refuse d’y accéder. Si c’est pour sanctionner l’utilisation de la pique a l’envers, cela peut se comprendre mais pourquoi ne pas l’annoncer au micro ou bien convoquer le picador pour lui rappeler la règle. Si c’est pour sanctionner l’épée basse, le président peut le faire en ne donnant pas un second trophée, pas en refusant de donner la première quand la pétition est majoritaire.
Cabrera fait une vuelta chaleureusement fêtée par le public.

Dure journée pour Calerito. Venu en remplacement d’Isaac Fonseca, blessé, le novillero andalou n’a jamais su trouver ni sitio, ni rythme face à des novillos trop encastés au regard de son manque d’expérience. Son premier novillo, bien fait et bien armé, ne met pas la tête dans la cape. Mal mis en suerte, il se comporte avec une certaine bravoure sous le fer. Après un brindis à André Cabannes, le novillero commence sa faena en citant de loin pour deux séries à droite. Le novillo manque de fond. Il demande un lidia autoritaire que ne sait pas lui imposer ou même juste lui proposer le jeune novillero andalou. La faena est fade, manque de transmission et est vite ennuyeuse. Le novillo arrive à la mort sans être dominé. Calerito est appelé à saluer après deux tiers de lame trasera.

Le quatrième, lucero, est applaudi à son entrée en piste. Très mal lidié par Aranda, il attaque le piquero devant le patio de caballos et recharge deux fois le cheval avant qu’il ne rejoigne l’emplacement prévu pour piquer. Sans être mis en place, il prend une quatrième pique plus que carioquée, bronca au picador. Pagaille en piste lors du tercio de banderilles. Après une bonne série de doblones, Aranda commence sa faena à droite en toréant par le haut. Le toro manque de fond et le novillero de confiance. Bicho et torero vont à menos. Pitos pour Aranda après une mise à mort laborieuse.

Le cinquième est lui aussi applaudi à son entrée en piste. Il prend trois piques, la première tournée à l’envers en poussant sans grande conviction. Cabrera est à nouveau excellent aux banderilles. Bons débuts par doblones, le Raso saute dans la muleta. Départ compliqué mais le novillero s’arrime. Le toro passe mieux à gauche ce dont il profite pour enchaîner deux bonnes séries de naturelles. Sur la troisième, l’utrero se réserve, se décompose et la faena va à menos malgré le courage et l’application du jeune torero. Trois pinchazos avant une entière en place quasi fulminante, Ovation au toro et nouvelle vuelta pour le torero.

Le sixième est ovationné à sa sortie du toril, il est superbe de présentation. Il prend lui aussi trois piques carioquées en poussant. Il a de la caste, trop de caste pour un Calerito courageux mais dépassé. On souffre pour un garçon qui a été un grand espoir en non piquée mais est hors de condition physique et trop vert pour ce type de novillada. Un pinchazo, une entière et ensuite fracaso avec le descabello jusqu’à entendre le troisième avis. Le Raso est puntillé en piste.

Le mayoral de Raso de Portillo, Juan Antonio « Titi » Aguado picador favori des novilladas parentissoises, est appelé à saluer à la fin de la course.
Autre type de toro, autre tauromachie mais beaucoup d’émotions grâce à des toros exigeants et qui transmettent de l’émotion et des novilleros qui avec leurs forces et leurs faiblesses ont le courage de se mettre devant. Rien que pour cela, ils méritent, même s’ils sont mauvais, le respect. Les noms d’oiseaux et autres que certains spectateurs,, heureusement peu nombreux, qui confondent arène et stade de foot, leur ont adressé ce matin, sont profondément choquants, Un minimum d’éducation est nécessaire quand on est sur les gradins des arènes. Ont peut se taire, siffler, mais pas insulter , surtout des gamins,. Ne confondons pas tendido 7 et tribune d’Auteuil du Parc des Princes.


Fiche technique : Arènes de Vic, novillada de la Féria 2021

6 novillos de Raso de Portillo, très bien présentés intéressants au premier tiers, le premier noble, les autres mansos con casta avec de la transmission pour
Carlos Aranda : un avis et pitos, un avis et pitos
José Cabrera : un avis et vuelta après une forte pétition, vuelta
Calerito : salut au tiers, trois avis et quelques sifflets
Vuelta au premier novillo discutable
Salut du Mayoral à l’issue de la course
Dix neufs piques dont trois avec la pique à l’envers (pique Bonijol), pitos pour les piqueros au 1er, 2ème et 4ème, silence aux 5ème et 6ème, palmas au troisième
Président : Jean-Jacques Jouaniquet
Entrée plus que correcte pour une novillada
Ciel alternant nuages menaçants et belles éclaircies.


Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Matthieu Saubion