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Vic (10/09/2019 - tarde) : 3h15 d’une course très entretenue avec un grand Luque...

©Matthieu Saubion
©Matthieu Saubion
Il est des courses courtes où l’on s’ennuie et d’autres longues où le temps passe vite. La dernière course de la Féria vicoise 2019 est à ranger dans la seconde catégorie. Bien ou moins bien, il s’est toujours passé quelque chose.

Les toros de Pedraza de Yeltès, superbement présentés, par leur qualité, en particulier au cheval, et leurs défauts, une charge courte et des comportements variés ont mis en évidence les qualités et défauts des toreros. Luque a été grand chef de lidia tout au long de la course et un lidiador magistral face à un quatrième toro manso qu’il a inventé. Miguel Angel Pacheco est encore vert mais il a montré de l’envie et est à créditer de bonnes séries dans un contexte habituellement réservé à des toreros plus aguerris.
Seul Juan del Alamo, qui a écouté trois avis à son second après avoir failli les entendre à son premier, en totale perte de confiance est à créditer d’un jour sans.


Le premier, colorado très typé est applaudi, comme le seront tous les suivants, à son entrée en piste. Bien piqué, il prend trois puyazos en poussant et en restant collé au cheval. Le piquero est applaudi. Daniel Luque le brinde au public. Après avoir été doublé, le toro se montre noble mais avec une charge qui manque de longueur. Luque, avec métier, trouve la distance, enchaîne les séries à droite avec élégance, en se croisant mais manque de quiétude et oublie parfois le troisième temps de la passe. C’est bien mais a un petit goût d’inachevé d’autant que le toro ne passe pas du tout à gauche. Le torero de Gerena s’engage pour une entière dans le rincon. Difficile de dire si la pétition est majoritaire mais le président accorde un peu vite une oreille qui sera contestée. Luque la range rapidement dans le gilet, fait une vuelta applaudi et indique au public qu’il fera mieux à son second toro.


Le second est un toro plus haut et plus musclé que le premier. Il prend deux bonnes piques en venant de loin et en poussant. Il charge à nouveau pour une troisième rencontre qui sera écourtée car sous la violence du choc, le palo casse. Il est bien banderillé par la cuadrilla de Juan del Alamo . Il brinde le Pedraza au public. Comme le précédent, le toro a une charge courte. Il a tendance à sortir sans se replacer et en envoyant un coup de tête. Juan arrive à corriger le premier défaut mais pas le deuxième. Progressivement, il a pu enchaîner des séries mais a été en difficulté à la fin de chaque passe. Le doute venant s’ajouter au manque de confiance qui semble l’habiter depuis quelques temps, il a progressivement perdu pied jusqu’à se faire désarmer à plusieurs reprises .Il fracasse avec l’épée, le toro tombe à la limite du troisième avis.


Miguel Angel Pacheco est appelé à saluer par le public avant que ne sorte le troisième suite à sa prestation de la veille face aux Dolorès Aguirre. On sent le garçon motivé mais il lui manque le métier pour lidier au premier tiers un toro encasté et très fort qui renverse le cheval à la première rencontre. Le cheval reste longtemps sans cavalier, tenu par le monosabio (petit hommage à Dudule) qui avec beaucoup de métier et de courage pour protéger l’équidé. Le Pedraza prend trois autres puyazos, le second dans l’épaule, les deux autres biens meilleurs. Il est difficile compte tenu de la panique qui a régné en piste d’évaluer si le toro est brave ou manso con casta. On aura la réponse après un très bon tercio de banderilles (salut d’Angel Mayoral) et le début de la faena brindée au public. Il a une charge courte mais fait preuve de caste et de noblesse et va à mas lors des trois premières séries à droite. D’aucuns diraient qu’il a une classe certaine. Pacheco profite de ses qualités pour montrer qu’il sait toréer avec sincérité et même élégance. Après une tentative à gauche où le toro ne répond pas, retour à droite. Le bicho commence à regarder puis se diriger vers les planches. A partir de ce moment, il se décompose et va à menos. Il lui a manqué un peu de fond pour être un grand toro. Pacheco salue après une entière basse efficace, l’arrastre est applaudie.


Le quatrième est superbement armé et est très applaudi à son entrée en piste. Il part de loin, mal piqué il pousse à la première rencontre. A la seconde il est peu piqué et prend un troisième pique trasera sans grande conviction. Il coupe le terrain aux banderilleros et n’est pas très franc dans ses réponses aux citations du peon de brega. Le président écourte le tercio de banderilles avant qu’un quatrième palo soit posé. Ce n’est pas règlementaire mais évite de dégrader plus, par des capotazos inutiles, un toro compliqué. éternel débat entre l’esprit et la règle. A la muleta, le Pedraza est manso. Tel un Dolorès du dimanche vicois, il n’a ni charge à droite, ni charge à gauche. Beaucoup de toreros auraient rapidement abrégé les débats. Mais Luque est têtu et un grand torero. Avec beaucoup de patience, il va obliger et apprendre au toro à passer sur l’un et l’autre piton. Il invente un toro qui n’existait pas. Après un passage à gauche, il revient à droite pour finir par une série qui assoit sa domination. Eso es torear, señor Luque. Une belle épée pour conclure et le torero de Gerena coupe une oreille de poids tout à fait méritée pour ce qui est la faena de la Féria et peut-être plus. Elle aurait pu être doublée sans qu’il y ait à redire mais le président en avait déjà accordée une limite au torero à son premier toro.


Le cinquième est un superbe toro veleto ovationné à son entrée en piste. Hélas, il se brise les cervicales à la première pique. Il est remplacé par un sobrero du même fer moins bien armé mais tout aussi costaud.Il prend une première pique, trop longue, en mettant les reins puis une seconde en poussant. Juste de forces, il laisse beaucoup d’énergie dans ce premier tiers. Il est noble mais devient vite soso. Del Alamo le toréé avec application, le tient debout et allonge sa charge. C’est méritoire mais manque, par la faute du toro, de transmission. La faena, bien que finie par deux bonnes séries, est beaucoup trop longue comme si le torero repoussait le moment d’entrer à matar. Comme au second, Del Alamo va fracasser à l’épée jusqu’à entendre les trois avis fatidiques. Le Pedraza est puntillé depuis le callejon.


Le dernier prend en poussant avec style un premier puyazo superbement administré par Gabin Rehabi. Il ne pousse pas à la seconde et charge sans être piqué à la troisième. Le toro est noble avec lui aussi une charge courte. Pacheco commence sa faena par des séries à droite élégantes, templées mais sur le voyage. Il se croise à la cinquième mais le toro s’éteint à la suivante et la faena va à menos. Le nouveau torero de Vic s’engage pour une belle épée mais le toro tarde à tomber et entend deux avis.


Ainsi se termine Vic 2019 , avec une corrida qui comporte un grand moment, la faena de Luque le vrai triomphateur de cette édition, et pleins de détails intéressants comme la Féria a été faite de grands moments (Cebada Gago, Tito Sandoval, le dernier Dolorès,¨Parejo, Luque) et de pleins de détails intéressants dont les toros de Pedraza de Yeltès. Plus jeunes et un peu moins volumineux qu’en 2018, ils ont par leur bravoure, leur caste permis une corrida entretenue. Il leur a juste manqué un peu de longueur de charge. Détail intéressant, et non des moindres à Vic, la très bonne prestation de la cuadra Garcia avec des chevaux mobiles mais suffisamment costauds pour résister à la charge du toro vicois souvent placé loin lors de la mise en suerte. On a vu des toros pousser et faire chuter par leur puissance après avoir vraiment lutté avec la cavalerie.

 

Fiche technique : Arènes de Vic, quatrième corrida de la Féria de Vic
Six toros de Pedraza de Yeltès (dont un sobrero 5 bis), très bien présentés, braves au premier tiers, avec des comportements variés pour :

Daniel Luque : une oreille, une oreille
Juan del Alamo : deux avis et sifflets, trois avis et silence
Miguel Angel Pacheco : salut, deux avis et silence
Dix huit piques, une chute (plus une pour le toro devuelto), cuadra Garcia
Salut de la cuadrilla de Pacheco après avoir banderillé les troisième et sixième toros
Président : Guy Tanguy
Trois quarts d’arène
Météo digne d’un début Novembre, on a allumé les projecteurs au cinquième toro.

Thierry Reboul