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Vic (09/06/2019 - tarde) : Le peu de caste des Dolorès et le courage de Miguel Angel Pacheco...

©Matthieu Saubion
©Matthieu Saubion
Au bout de cinq toros mansos, décastés opposés à des toreros vaillants mais limités techniquement, le public des arènes vicois n’attendait qu’une chose « l’arrastre du sixième et dernier toro ». Et puis comme il y a quelques années avec Alberto Lamelas et Cantinillo, le dernier Dolorès Aguirre, le seul au vrai comportement Atanasio et surtout le seul qui avait quelques passes à donner à permis au jeune Miguel Angel Pacheco de faire se lever les gradins vicois et de couper une oreille de poids.

Avant cette faena révélation « typiquement vicoise », la corrida n’avait été qu’un défilé de mansos décastés et sans race qui n’avaient même pas deux séries dans le ventre. Les cinq premiers n’avaient même pas le comportement abanto et « dilettante » au premier tiers caractéristique des Atanasios. Ils se fixaient, voire se figeaient dès les premiers capotazos et poussaient même avec violence au contact du cheval.
Le premier, très bien présenté comme l’ensemble du lot, prend deux piques, la première sans mise en suerte et la seconde carioquée. Le piquero, maladroit, provoque une estafilade sur le dos du toro qui lui vaut une bronca et à Gomez del Pilar le refus par le public de son brindis. Le madrilène commence sa faena par des doblones. Il la continue par trois séries à droite. Le toro a une charge courte et le torero ne se croise pas. Les passes s’enchaînent en laissant le public froid. Le Dolorès devient andarin et la faena brouillonne. Division d’opinions après un pinchazo et une entière.
Le second est bien reçu à la cape par Javier Jimenez. Il prend trois piques, poussant à la première rencontre et se défendant lors des suivantes. Le picador efficace et précis est applaudi à sa sortie du ruedo. Aux banderilles, le toro est blendo et gardera jusqu’au bout une charge désordonnée. Le sévillan enchaîne des séries des deux mains marginales, distantes. Le Dolorès suit la muleta sans qualités, ni défauts si ce n’est un manque de race et de forces. La faena manque de transmission, mais le torero salue quand même après un pinchazo et une entière.
Le troisième a tout d’un manso dès sa sortie en piste. Il met le frein à main dès les premiers picotazos. Il est trop et mal piqué. Il ne se livre pas lors de ses trois rencontres avec le groupe équestre, sifflets pour le piquero. Pacheco brinde au public mais le combat perd rapidement de l’intérêt car le toro décasté se décompose très vite. Le jeune torero, qui veut se montrer, prolonge trop sa faena et finit par se faire accrocher. Silence après une entière en avant et un descabello.
Le quatrième se désintéresse des capes. Il arrête sa charge avant même que le torero ne commence sa passe de cape .Paradoxalement, il va livrer une pelea de toro brave face au cheval. Il s’allume sous le fer à la première rencontre et prend trois puyazos en allant à mas. Le piquero est ovationné. Le torero brinde à Manolo Vanegas. Il double avec efficacité en début de faena. Dès les premiers muletazos, le toro recommence à refuser la muleta et se décompose dès la première série. Il est quasi intoréable ou bien faut il avoir un officio que ne possède pas le torero madrilène. Très armé et devenu dangereux, il est compliqué à tuer. Le torero abrège rapidement la confrontation et le tue d’une entière basse dont on ne lui tiendra pas rigueur.
Le cinquième a tous les défauts du monde dès sa sortie en piste. Il est fuyard, distrait, manso, suelto. Il fuit sa propre ombre et n’a pas un quart de passe au capote. Il prend trois piques sans style et en sortant seul. Il arrive à la muleta sans aucune charge et avec des pensées et comportements criminels ce qui incite Javier Jimenez à abréger la faena dès la première série et à tuer avec prudence. Silence pour le torero et bronca pour le toro.
La majorité des personnes présentes sur les gradins n’ont qu’une hâte, c’est qu’on en finisse rapidement de ce pensum qui devient de plus en plus insupportable.
Le sixième, probablement le mieux présenté du lot, tel un vrai Atanasio est abanto. Il prend trois piques avec plus de violence que de bravoure. Il pousse à chaque rencontre et renverse cheval et piquero à la première rencontre. Il faut beaucoup de courage à la cuadrilla pour banderiller un toro difficile à fixer et qui n’a pas beaucoup de mobilité (salut des peones). A la première série, il n’a ni race ni charge. Il semble éteint quand le miracle se produit. Pacheco en se croisant et en insistant tire quatre bons derechazos. La volonté et l’autorité (et la technique) du jeune torero lui permettent d’enchaîner six séries que l’on pensait impossibles deux minutes auparavant. Le toro, en Atanasio qu’il est, va à mas. Il se révèle être toréable mais sans la motivation, l’abnégation et le courage du torero ses qualités seraient restées totalement cachées par le manque de race, apparent, du Dolorès en début de faena. Emporté par son enthousiasme, Pacheco fait la série de trop et se fait sévèrement secoué, heureusement sans mal. Après avoir montré qu’il savait toréer et lidier, il parachève son « chef d’œuvre » par une grande estocade engagée, entière et très rapide d’effet. Le public est debout réclame et obtient un trophée qui vient conclure de façon inespérée une après-midi bien mal commencée.
A l’issue de la vuelta du torero, le Président du Club Taurin annonce que Miguel Angel Pacheco sera répété à Vic, ce lundi en remplacement de Roman Collado très gravement blessé à Madrid.
Vic a une nouvelle fois joué son rôle de révélatrice de toreros talentueux et/ ou courageux à l’extrème, souhaitons à Pacheco de confirmer les qualités entrevues lors de cette compliquée et complexe corrida de Dolorès Aguirre. Par contre les quelques sifflets à l’encontre de Gomez del Pilar et Javier Jimenez à leur départ des arènes ont été malvenus voire indécents compte tenu des difficultés et du risque généré par un lot de Dolorès Aguirre que certains auraient qualifié d’infumable.

 

Fiche technique : Arènes de Vic, troisième corrida de la Féria.

Six toros de Dolorès Aguirre, très bien présentés, mansos et décastés les cinq premiers plus toréable le sixième pour :

Gomez del ¨Pilar : un avis et division d’opinons, silence
Javier Jimenez : salut, un avis et silence
Miguel Angel Pacheco : silence, une oreille

Dix huit piques , une chute ,cuadra Garcia
Salut de la cuadrilla de Pacheco au sixième
Président : Bernard Sicet
Ciel nuageux, température agréable

Thierry Reboul