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Vic (08/06/2019 - tarde) : Un grand lot de Cebada Gago et sortie à hombros de Thomas Dufau...

©Matthieu Saubion
©Matthieu Saubion
Il n’est nul besoin ce soir d’inventer un nouveau proverbe taurin pour décrire cette première corrida de la Féria Vicoise. Le classique « Quand il y a des toros, il n’y a pas de toreros » suffit largement pour en rendre compte. Sont sortis sur le sable gersois, six estampes de toros avec du trapio sans excès de poids, des armures développées et astifinas et des robes à faire rêver les photographes taurins.

Tous sont allés au bout des faenas bouche fermée. Difficile d évaluer leur bravoure tant ils ont été mal piqués à part le premier de Thomas Dufau (picador Nicolas Bertoli). A la muleta, à l’exception du cinquième qui manquait de race, ils ont dominé par leur caste et leur noblesse les toreros.
Seul Thomas Dufau, sans complètement dominer les débats, a essayé de se mettre au niveau de ses opposants. Il a touché le meilleur lot, ne l’a pas totalement exploité mais on peut retenir une très bonne série de naturelles au troisième et une volonté de bien faire au dernier. Octavio Chacon, en totale méforme, a été dominé par deux toros encastés qu’il n’a pas su lidier. De son après-midi vicoise on ne retiendra que son implication en tant que chef de lidia. Ruben Pinar, complètement dépassé, a gâché son premier toro, noble et encasté, et n’a pas voulu résoudre les problèmes posés par le cinquième.

Le tambour major est tardo quand Chacon le reçoit dans sa cape. Il prend trois piques, la première dans l’épaule, poussant au début. Il sort seul de la seconde, la troisième ne s’imposait pas. A la muleta, il impose le respect. Après une bonne série à droite, Chacon recule au début de chacune des séries suivantes. Il ne pèse pas sur un toro qui, non dominé, finit par aller à menos. Salut après une entière basse et une mort « un peu longuette »

Le second prend deux piques traseras en poussant. Le toro est noble et encasté. Il permet mais Ruben Pinar n’a pas su en exploiter le potentiel. Fuera de cacho, hors sitio il n’a pas enchaîné une seule série de passes alors que le Cebada Gago venait sans difficulté dans le leurre. Le public se fâche et siffle le torero en cours de faena et après une mise à mort laborieuse.

Le troisième est un superbe sardo claro. Il prend trois piques, mal mis en suerte à la première, meilleure la seconde et en poussant à la troisième. Le toro est sérieux mais répond bien quand on le cite et domine le torero dans les deux premières séries. La première série à gauche, trois naturelles et un pecho, est de grande classe et met en évidence les qualités du Cebada Gago. La suivante n’est pas du même niveau avant une bonne série à droite. Le torero s’engage pour une entière en place qui conclut une faena appliquée mais en dessous du potentiel du toro. La pétition n’est pas majoritaire mais le président accorde une oreille qui est fortement contestée par le public. Sans trophée, le torero aurait fait une vuelta fêtée, avec une oreille le tour de piste commence par des sifflets et manque de chaleur.

Le quatrième est lui aussi un magnifique sardo, très applaudi à son entrée en piste. Mal piqué, il prend une première pique trasera, sort seul de la seconde, et pousse à la quatrième malgré un puyazo dans l’épaule (bronca au picador). Il ne semblera pas affecté par le traitement qui lui a été infligé. Dès les banderilles, il est le patron en piste. Chacon commence par le doubler mais n’insiste pas assez. Le bicho prend le dessus dès la première série. Dépassé par les évènements le toreo recule à chaque passe. Courageux il essaie de reprendre la direction des évènements mais n’y parvient pas. Pénible spectacle d’un torero, avec un certain pundonor, qui s’accroche mais qui est complètement dépassé par un grand toro qui finit quasi inédit. Salut après quatre pinchazos et une entière basse .

Le cinquième est suelto et juste de forces. Il prend quatre piques sans s’employer. Il manque de race et de classe. Il demande un torero motivé et qui pèse sur le toro. Ruben Pinar n’avait ni envie, ni moyen de s’imposer face à un adversaire compliqué mais toréable. Sifflets après un vilain bajonazo.

Le sixième est un superbe castaño retinto ovationné à son entrée en piste. Il est très mal piqué (bronca au picador). Il est bien banderillé par Abraham Neiro Campos et Manolo de los Reyes (salut). Le toro est noble et plus « maniable » que les précédents. Thomas Dufau le cite de loin pour deux séries de derechazos appliqués mais en dessous du potentiel du toro. La troisième série est excellente et terminée par un superbe pecho. Le torero prend la main gauche mais le toro est plus difficile sur cette corne. Retour à droite, le torero semble avoir perdu le fil d’une faena qui va à menos. Bonne estocade entière et engagée et la pétition est majoritaire. Le président, règlementairement, sort le mouchoir blanc. S’il n’avait pas accordé l’oreille au troisième toro, personne ne lui aurait reproché de récompenser l’envie et l’application de Thomas Dufau en lui accordant un trophée au dernier. La sortie à hombros qu’il provoque par sa décision n’est pas à la hauteur des exigences d’une arène comme Vic et sera forcément contestée.

 

Fiche technique : Arènes de Vic, première corrida de la Féria
Six toros de Cebada Gago, superbement présentés et armés, avec, à l’exception du cinquième, de la caste et de la race pour :

Octavio Chacon : salut, un avis et salut
Ruben Pinar : sifflets et sifflets
Thomas Dufau : une oreille contestée, une oreille

Dix huit rencontres avec la cavalerie, cuadra Garcia
Salut d’Abraham Neiro Campos et Manolo de los Reyes au sixième
Salut du mayoral à l’issue de la course
Président : Marc Amestoy
Moins de deux tiers d’arène
Soleil et température agréables

Thierry Reboul