Corridafrance : Quels sont les moments forts de ta saison 2009 ?
Il y a eu la présentation à Nîmes avec une très bonne novillada de Patrick Laugier. Puis il y a eu la
reprise après ma blessure de Saint-Sever, dans les férias de novilleros comme Arganda del Rey ;
Moralzarzal ou Guadarrama. Et puis la dernière de la saison, à Saragosse, qui a été très importante
aussi.
Corridafrance : Comment revient-on des blessures importantes que tu as subies l'année passée ?
Lorsqu'on est torero, on ne peut pas être surpris d'être blessé. On doit être préparé pour. L'envie de
toréer et de se mettre à nouveau «devant » nous aide à récupérer très rapidement. C'est certain aussi
que cette blessure m'a beaucoup apporté sur le plan médiatique. Cela m'a fait énormément de
publicité. Mais il ne fallait pas rater mon retour. Ce qui est sur aussi, c'est que lorsqu'on est blessé
en saison, cela permet de se poser et de réfléchir un peu. De faire le point sur sa situation, ce qu'on
ne peut pas faire si la saison continue. En ce qui me concerne, je crois qu'on peut dire que j'ai frôlé
la mort et comme mes triomphes les plus importants sont arrivés après, on peut penser que cela
prouve mon ambition et mon envie de réussir dans ce métier.
Corridafrance : Comment qualifies-tu l'apport de la Fundacion « El Juli » dans tes progrès ?
Au début, en tant que novillero sans picador, c'est un important soutien technique et une aide de
tous les instants. Là bas, les installations sont idéales pour s'entraîner et ne penser qu'à ça. Pour ma
part, je n'avais pas fait de demande et c'est l'Ecole qui m'a contacté. Ils croient en moi et c'est très
bien, parce que je crois que seul, on ne peut pas y arriver. Il faut toujours des gens qui croient en toi
et qui t'aident. Maintenant que je suis en piquée, c'est Olivier Baratchart, mon apoderado, qui
s'occupe de moi. Mais je m'entraîne toujours à la finca de l'école et je suis toujours soutenu par Don
Julian, le père du Maestro.
Corridafrance : Quelle est ta vie là bas ?
Les entraînements de l'école se déroulent tous les jours de la semaine entre 17 heures et 20 heures
30. Mais pour ma part, je m'entraîne aussi le matin et le soir, quand je le désire. Avec l'école, je
participe aux cours de toreo de salon du lundi au mercredi ; aux cours théoriques le jeudi, où l'on
parle de l'histoire de la tauromachie, des différents encastes et des toreros anciens et le vendredi
pour un entraînement basé uniquement sur la condition physique. Comme je le disais, les
installations sont idéales pour s'entraîner, avec un complexe sportif, la piscine et une salle avec des
miroirs, notamment. Nous regardons aussi beaucoup de videos.
Corridafrance : Ne penses-tu pas que les écoles taurines ont tendance à uniformiser les novilleros ? Qu'ils
sortent tous d'un même moule ?
Je pense qu'au départ, la technique est forcément semblable et c'est pour cela que certains se
ressemblent peut-être un peu en novillada non piquée. Mais ensuite, comme dans tous les arts,
même s'il y a des détails communs, c'est l'expression artistique qui nous différencie. C'est le
sentiment ou l'expression du corps. En tous cas, dans les deux écoles que j'ai fréquentées, puisque
avant Arganda, j'étais au Centre de Tauromachie de Nîmes, aucun des Maestros n'imposait sa
tauromachie. Et c'est très important.
Corridafrance : Comment t'entraînes-tu cet hiver ?
C'est hiver, comme j'ai beaucoup perdu des suites de mes blessures, j'ai mis l'accent sur la
préparation physique. Je suis en effet toujours en rééducation, car actuellement, je ne respire
toujours pas à cent pour cent de mes capacités. Je vois aussi un orthophoniste. Donc, j'ai fait en sorte de
varier les activités physiques, en incluant la musculation et la natation plutôt que de ne faire que du
footing. Ensuite, je pratique le toreo de salon tous les matins, avec mon banderillero de confiance. Il
arrive que je me filme. Ainsi, je peux juger sur video de l'expression de mon corps. Car parfois,
lorsqu'on torée ainsi, on pense faire quelque chose, et la video montre les défauts. Pour la muleta, ça
va, on se rend mieux compte. Mais pour le corps, c'est important de se voir de l'extérieur.
Corridafrance : Comment s'annonce cette temporada 2010 ?
Plutôt bien. Il risque d'y avoir pal mal de contrats et pas mal de compromis, aussi. On risque d'aller
dans des arènes importantes. Mais ça, c'est le travail d'Olivier. Pour ma part, je me concentre
toujours sur la prochaine course. Pour l'instant, c'est Samadet, le 14 février. Et après Samadet, on
verra pour la novillada suivante.
Corridafrance : Et l'alternative ?
Je ne suis pas pressé. Je préfère y arriver fort. Même si c'est une étape importante, il ne faut pas que
ce soit une fin en soi. Pour le moment, il n'en est pas encore question.
Corridafrance : As-tu déjà des rendez-vous à nous donner ?
Après Samadet, il y a Arles, puisque les cartels ont été annoncés.
Corridafrance :
Quels sont les rêves que tu aimerais réaliser ?
J'en ai plein, mais je ne préfère pas les dévoiler. Pour quelqu'un qui veut être figura del toreo, ils ne
sont pas difficiles à imaginer. Tout le monde, à la base, cherche à être heureux. Et dans mon cas, être heureux, c'est être figura del toreo...
Propos recueillis par Laurent Deloye "El Tico"