Tu as donné l’alternative avec un autre belluaire Ruiz Miguel à notre compatriote Frédéric Pascal à Nîmes en 1976. Quelques mois auparavant tu avais été sacré matador de toros à Saragosse par Paco Camino et le Niño de la Capea.
Eclectique en tant que peintre, tu réalisas une affiche de la feria Nîmoise : un carrousel de piqueros et d’aguaziles et au premier plan un monosabio juché sur un cheval de bois avec ton sourire malin.
Je ne t’ai pas vu toréer « Dadito » de Miura pour une feria de juillet à Valencia où tu n’as pas entendu la forte pétition d’indulto.
Je t’ai vu partir à l’infirmerie à Madrid devant un Victorino Martin qui offrit ce jour là sa première Puerta Grande à El Califa.
L’année d’après le scénario fut inversé, tu fis implosé le tendido 7 après sept naturelles pieds joints devant les agnostiques. Bon compagnon, tu refusas d’être porté en triomphe.
Je ne t’ai pas vu devant cette corrida de Pablo Romero où tes innovations aux banderilles commencèrent à devenir des classiques : sesgo por dentro, galleando, et autres.
Je t’ai vu à Céret devant ce grand et immense toro de Fraile où comme Cassius Clay à Kinshasa Zaïre Afrique, devant Georges Foreman, tu arrachas le KO et l’oreille avec le nez cassé et les côtes idem, dans le dernier round.
Dans ces mêmes arènes, je t’ai vu mort comme dans tous les regards du public après cette blessure devant un toro roux du Cura de Valverde .
A Madrid je t’ai vu cabotin après une faena d’aliño (cinq six passes), montera visée sur le crâne, pétition d’oreilles, dire : « Ce toro est malade, il sent de la bouche »
J’ai entendu ta théorie sur les couleurs froides, le vert et le bleu de tes revers de capote, signes méditerranéens de ton port natif : Alicante.
Primaires qui s’opposent au rouge sang et noir toro (comme certains de tes costumes) dans l’émission de l’ami Joël Jacobi.
Je t’ai vu malin avec ces cositas dites à « l’ancienne » montera sous le mufle du toro pour descabeller ou l’accompagnement du piquero jusqu’à la sortie du ruedo tout en devisant ; ou poser ta muleta sur le toro juste avant qu’il ne double les mains.
Je t’ai vu juste dans un sesgo por dentro à Nîmes où toute la cuadrilla (mozo et serviette éponge inclus) te fait le quite du callejon.
Je t’ai vu vieillissant malgré une jeunesse de plus de 50 ans, un peu insolente doublée d’un humour caustique et ironique où l’intellectuel compense l’approximation.
La muleta moyenne contrebalancée par la science des terrains, un capote correct compensé par un tiers de banderilles savant voire « fenomenal », une épée qui défaille rarement, une tauromachie, la tienne.
Dans ce cartel madrilène, signes des Dieux, tu es tombé sur Beato (dévot) n°46 de Victoriano del Rio.
Peut être que la patronne de ta ville d’alternative La Virgen del Pilar était avec toi, tu as dit ; « c’est un miracle » |