TOUT VA TRES BIEN, MADAME LA MARQUISE...

La fin de la saison des corridas correspond traditionnellement à la publication des bilans annuels. Entendons nous bien: quand on parle de bilans, on cite des chiffres, et non de statistiques ou autres sondages dits d’opinion… Plusieurs organes de presse, espagnols ou français, ont donc sacrifié au (fastidieux) relevé du nombre de corridas ou novilladas qui ont eu lieu effectivement dans le courant de l’année. Et ces données sont claires et édifiantes : selon le site Mundotoro, par exemple, un nouveau record a été établi en 2007, avec 2157 spectacles taurins. En 2006, il y en avait 2135, soit 22 de moins.

Pour la France, on note une légère diminution, avec 137 spectacles, contre 143 en 2006.

Les commentaires sont en l’occurence assez faciles à faire : malgré l’ardente campagne organisée cette année par les opposants à la corrida, l’Espagne taurine progresse, et la France s’en sort plus qu’honorablement avec seulement six spectacles en moins. Inutile d’ajouter qu’en 2006 comme en 2005, l’impossibilité d’aller chercher des toros dans les zones atteintes, si l’on peut dire, par la langue bleue peut être considérée comme un handicap.

Quant au nombre se spectateurs, il est lui aussi en nette augmentation par rapport à la saison précédente. Point final. On pourrait croire qu’en période de polémique, la corrida se renforce !

Ces chiffres sont tout simplement un constat, et non une opinion. Rien à voir avec le sondage qui consiste à demander à un suédois combien de fois il pratique en janvier les bains de mer ou à un sénégalais s’il aime faire du ski dans son pays. Ou à un habitant de Roubaix s’il aime les corridas. Ou s’il veut les interdire. Pourquoi pas.

Cette année, 27 novilleros ont pris l’alternative, la Monumental de Barcelone a connu deux fois le No hay billetes, la Feria de Séville, celles de Madrid, de Pamplona, de Bilbao, de Nimes ont attiré la grande foule. Les toreros Manuel Diaz El Cordobes, le leader du classement, El Juli, Manuel Cid, Manzanares, José Tomas, Enrique Ponce, Juan Bautista, Sebastien Castella, Talavante, Perera... et bien d’autres ont séduit le public. Même si, aux yeux de certains observateurs, leur comportement était celui de sadiques. Carrément.

Aujourd’hui, dés que dans une conversation, on aborde le thème de la corrida, les poncifs de violence ou de cruauté apparaissent immanquablement.

Certains quotidiens, soucieux de mettre en avant un souci d’objectivité, publient des sondages sur la légitimité de la corrida. Plutôt demander en Europe Etes vous pour ou contre l’excision et aller ensuite poser la même question dans un pays africain… Ou sur la peine de mort, aux Etats-Unis, puis en France. Ou sur les bienfaits de la colonisation, en Afrique du Nord, puis au siège de la Fédération Anarchiste. Ou sur le bonheur de déguster un tournedos Rossini dans un club végétarien.

Les opposants à la corrida méritent le respect le plus profond et le plus absolu, comme d’ailleursTOUS les opposants à quoi que ce soit. Question de philosophie.

Même ceux, peut-être, que leur emportement pousse à inventer des situations ahurissantes du genre : Ce film (sur la cruauté de la corrida) a été tourné en camera cachée. Il doit s’agir des précautions du Plan Vigie pirate, car si vous avez assisté à la confiscation d’une caméra à l’entrée d’une plaza, écrivez nous, vous avez gagné un porte-clefs à l’effigie d’un torero…

Mais puissent les aficionados ne pas avoir sur cette question d’appréciation une réaction obsessionnelle. Le Pape Pie V avait en 1567 promis d’excommunier ceux qui viendraient à mourir dans une arène. En 1980, Monseigneur Cadillac, qui fréquentait assidûment l’Amphithéâtre nîmois, parlait du libre choix pour les catholiques. Il suffisait d’attendre, même plusieurs siècles.

Au XVIII° siècle, les philosophes espagnols glosaient sur le mauvais emploi des terres consacrées à l’élevage des toros et prônaient une agriculture plus nourrissante. Mais sur l’existence des latifundia, rien.

Ces mêmes Jovellanos ou Feijoo stigmatisaient la jeunesse espagnole qui s’adonnait à ces jeux cruels. Mais pour l’alphabétisation du peuple, il a fallu attendre la République et 1931.

Et puis quand la corrida a été interdite le dimanche, jour de fête religieuse, on les a organisé le lundi…

Il faut quand même respecter et comprendre les prises de position des catalans, quand ils ne voient dans la corrida qu’un symbole du pouvoir qui les a empêché de s’exprimer dans leur propre langue 35 ans durant.

Le Pays Basque vient de se distinguer dernièrement, en votant unilatéralement un texte qui interdit l’accès aux arènes aux moins de 16 ans. Mais comme pour l’ERC, parti catalan (qui en avait fait autant), demandez donc au président Juan José Ibarretxe et aux nationalistes basques si, trente après la naissance de la démocratie, ils n’ont pas encore fait le deuil de la dictature.

En 2007, la télévision publique andalouse a retransmis 54 corridas en direct, Digital+ a programmé dans les mêmes conditions de direct, les Ferias de Séville, Madrid, Pamplona et Saragosse. La chaîne Castilla-La Mancha va présenter, toujours en direct, des corridas à Lima, puis à Quito, en novembre et décembre 2007. Il faut absolument demander aux parents d’enfermer dans leur chambre les enfants de moins de 16 ans et de veiller à ce qu’ils ne suivent pas le programme de télévision. Ah, il leur faudra aussi confisquer ces jeux-videos ou le but est de couper la tête des personnages, ou de faire tomber la voiture dans un ravin, après l’avoir fait exploser. En matière de violence, on ne fait rien de mieux.

Un dernier détail: le célèbre rejoneador Joao Moura vient de commettre un crime horrible… Il a permis à son fils Miguel, âgé de 11 ans, de tuer un toro en public, dans les arènes de Monforte, au Portugal. Ces portugais, quand même…

Et le dernier pour la route : la Communauté andalouse prévoit de déclarer Monuments du Patrimoine historique andalou les 38 toros appelés Toros de Osborne qui restent encore en Andalousie, au dessus des routes ou dans la campagne. Là, un sommet est atteint : il existe en Andalousie des gens pour défendre un symbole taurin par excellence, le toro, et en plus, une marque d’alcool, Osborne…Quel culot !

Jean-Louis LOPEZ

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