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IMPRESSIONNISME |
Il parait que le tableau composé en 1873 par Claude Monet et intitulé Impression, soleil levant a donné naissance à l’expression, ou la formule l’impressionnisme, l’école où se sont illustrés Manet, Pissarro, Degas, Renoir et autres Sisley.
Mais en matière de corrida, les historiens sont rarement d’accord pour établir les périodes qui ont précédé la forme particulière du toreo actuel. Tout le monde s’accorde à reconnaître cependant que Joselito et Belmonte ont marqué la fin d’une époque, pour le premier nommé, le début de la nouvelle, pour le second. Certes. Ensuite, c’est un peu plus difficile. Ou confus.
Manolete marque un tournant. D’accord. Parce qu’il a imposé le style dit de profil ? Parce qu’il est mort sur scène, si on peut dire ? Parce qu’avec lui, le personnage de l’apoderado a revêtu un rôle prépondérant ?
Sans doute pour tout cela en même temps… Et après Manolete ? Chaque critique y va de son point de vue… Dominguin, Ordoñez, El Cordobés, El Viti, Camino, Puerta, Ojeda et bon nombre de toreros ont apporté leur pierre à l’édifice, comme l’a récemment dit sans humour un architecte célèbre.
Mais de nos jours, quelle est la tendance, pour employer le jargon mondain ? Il semble évident, au vu de l’exemplaire Feria de Nîmes qui vient de s’achever, que le temps est à l’immobilité. Non pas à l’immobilisme, quoique…
El Juli, Sebastien Castella, Alejandro Talavante, Miguel Angel Perera, José Tomas, pour ne citer qu’un nombre réduit de toreros, ont fait de cette immobilité une règle de conduite, un style, sinon une façon d’être.
Qu’on ne se méprenne pas : dire que Paco Ojeda a été (vraiment) le premier à construire une faena de ce type, n’enlève rien à la valeur des toreros précédemment cités. Ce serait un peu se demander encore : qu’est ce qui est apparu en premier, l’œuf ou la poule ?
Tout ce qu’il est possible d’assurer sans crainte de se tromper, c’est que cette immobilité du torero, rendue célèbre aussi par des toreros comme Pedrés, Damaso Gonzalez et bien sûr El Cordobés, restera en usage –pour ne pas dire à la mode- des années durant encore.
Tout comme cette passe difficile à décrire, appelée le 3 en 1 par certains, qui commence par un cite dans le dos et finit par un pecho, et dont Jesulin avait fait une variante, tout comme ce pase cambiado, dans le dos lui aussi, qui fait immanquablement penser à Manolo Vazquez lors de ses adieux à Séville, cette passe qui marque parfois le début de la faena de muleta de Sebastien Castella et … de Miguel Angel Perera. Le tout en restant parfaitement immobile, ou en demeurant sur un pouce de terrain.
Il sera peut être inutile d’ajouter que d’autres toreros s’expriment dans un autre registre artistique pour donner à la corrida actuelle toute sa saveur. El Fundi, courageux et serein, qui s’envoie un Miura de 661 kilos comme s’il s’agissait d’un Juan Pedro Domecq. Javier Conde, comme un génial automate. Manuel Cid, Manzanares fils, et pourquoi pas le rejoneador Diego Ventura, dont le cheval Morante mord les taureaux.
Mais que la faena d’un torero puisse rappeler celle d’un autre torero ne saurait provoquer le dépit, et encore moins constituer un délit. Inspiration, ou même imitation, n’a rien à voir avec plagiat, qui est assurément de tous les larcins le moins dangereux pour la société, disait Voltaire.
Et puis qui songerait à reprocher à Molière de s’être inspiré du Burlador de Sevilla de Tirso de Molina pour écrire Don Juan, et qui critiquerait Corneille d’avoir utilisé les Mocedades del Cid de Guillén de Castro pour composer l’histoire de Rodrigue et de Chimène. D’ailleurs, Manuel Jesus Cid est né à Salteras, prés de Séville, et non à Vivar, prés de Burgos, comme Rodrigo Diaz, el Cid Campeador. Ce qui ne l’empêche pas de se servir du surnom du héros castillan. Simple circonstance. Et si Manuel Jesus est né Rodriguez, ou Gomez…
Jean-Louis LOPEZ