Des chiffres et des êtres

 

 

Les temporadas se suivent et se ressemblent. Sur certains points, seulement. Bien sûr. Et sur les chiffres, d'abord, ces chiffres toujours mystérieux qui forment le montant du cachet des toreros. Que personne ne connaît vraiment, pour la simple et bonne raison que ni les toreros ni les impresarios les font connaître… Il existe donc des suppositions, plus ou moins précises et proches d'une réalité le plus souvent nébuleuse, quand il ne s'agit pas de pures affabulations. La seule certitude est celle qui figure sur la plupart des contrats signés entre le représentant du torero et le gestionnaire des arènes : se pagará lo convenido … Autrement dit : le torero percevra la somme convenue … Circulez, il n'y a rien à voir ! L'Administration des Impôts est peut être la seule à s'y retrouver…

On se souvient de l'affaire El Juli de l'hiver 2005-2006 : le jeune torero madrilène avait été exclu de certaines grandes ferias, celle de Séville en particulier ; une absence expliquée par le doux euphémisme no hubo acuerdo económico . Entendez par là que Roberto Dominguez, apoderado de El Juli, avait eu des exigences inacceptables pour les impresarii. On peut signaler d'ailleurs que cette année, El Juli figure à deux reprises dans le programme de la Feria d'avril de Séville… sans qu'aucun chiffre n'ait été publié… Reste à savoir qui a cédé.

Autre histoire récente de chiffres : ceux du cachet de Sébastien Castella, qui s'est vu exclure des Fallas de Valence et de la Magdalena de Castellon… Mais cette fois, un miracle est intervenu. Après une série de communiqués publiés par les parties intéressées, Luis Alvarez, manager de Castella, d'une part, et les responsables des deux plazas concernées, des chiffres sont apparus ! L'entreprise Serolo, de Valence, avait déclaré avec indignation, dans un premier temps, que Sébastien Castella demandait en 2007 un cachet quatre fois plus élevé qu'en 2006,  pour finir en affirmant que le torero avait perçu l'an dernier quatre millions de pesetas (environ 24000 euros) et qu'il en exigeait maintenant quinze ( environ 90000 euros ). Côté Luis Alvarez, une seule précision : Castella a encaissé en 2006 un cachet beaucoup plus important… Allez vous y retrouver…

Le montant des cachets des toreros n'est sans doute pas le problème le plus important de l'histoire de la tauromachie. Pour les uns, il est normal qu'un être qui met sa vie en péril soit convenablement rémunéré, en particulier quand il s'agit d'une star qui permet de remplir les arènes. Pour d'autres, il convient de respecter une certaine transparence, dans le monde de la corrida, celui du football, celui des acteurs de cinéma, ou encore, comme cela est à la mode ces temps derniers, l'univers des PDG de grandes sociétés. Sans parler des hommes politiques et de leur patrimoine… La meilleure solution pour éviter la diffamation, c'est peut être la clarté.

Un autre chiffre a encore fait couler beaucoup d'encre et de salive : l'ineffable Cristina Narbona, ministre espagnol de l'Environnement a dernièrement assuré qu'un sondage révélait que seulement 8% de la population de son pays était favorable à la corrida. Une raison supplémentaire, ajouta-t-elle, pour que, lors des prochaines élections, la suppression des corridas soit envisagée. Ses collègues du PSOE ont d'ailleurs affirmé qu'elle était la seule à le dire, sans s'étonner pour autant des commentaires discordants au sein d'un même gouvernement.

Madame Narbona, qui avait déjà souhaité publiquement la fin de la mise à mort des taureaux dans les arènes, comme au Portugal, a cependant oublié de préciser de quel sondage il s'agissait. Surprise et branle bas dans le Landerneau journalistique et taurin espagnol : il n'y a aucune trace du sondage évoqué et encore moins des sondés !!! Il faudra poser la question à Pierre Giacometti, directeur de IPSOS et aficionado que l'on voit souvent à Nîmes ! Alors la presse a sorti ses chiffres à elle: ABC signale qu'en 2006, la corrida a a été suivie par 45 millions de spectateurs, El Economista a pour sa part révélé que 65,6 des espagnols était opposés à la disparition de la corrida. Il y a donc chiffres et chiffres, et si on venait à sonder les français, les résultats seraient sûrement différents à Valenciennes et à Bayonne.

Derniers chiffres, enfin, publiés ces jours derniers par le vétérinaire Juan Carlos Illera del Portal, dont votre site préféré El Tico vous a déjà parlé : le taureau secrète 10 fois plus de bêta endorphines qu'un être humain, ce qui a pour conséquence directe une diminution importante de la douleur lors de la corrida. Ce même taureau n'en secrète que sept fois plus lors du transport vers les arènes, preuve qu'il dispose d'un mécanisme hormonal spécial pour contrôler cette douleur.

Illera del Portal a déclaré également que ses recherches ne prétendaient absolument pas à défendre ou justifier le spectacle, mais qu'il avait pourtant reçu des menaces des opposants à la corrida… Comme c'est bizarre.

Une ultime information concernant non pas les chiffres mais les êtres, catalans de préférence : les arènes de Barcelone vont être gérées par la Société Matilla , de …Salamanque. Pedro Balaña, le directeur barcelonais a dernièrement contacté Simon Casas, les Lozano pour finalement choisir Antonio Matilla, déjà apoderado de Juan José Padilla, El Fandi et Finito de Cordoba, et dont la famille possède plusieurs ganaderias . Cette nomination met un terme à toutes les rumeurs de fermeture de la Monumental de Barcelone, mais ne calme pas pour autant le conseiller de l'ERC Jordi Portabella. Lequel persiste et signe, et annonce que son parti ne renonce pas à sa lutte anti-taurine et va proposer au Parlement une loi pour supprimer les corridas ou au moins les convertir en spectacles portugais sans mise à mort.

On a déjà entendu ça du côté d'un ministère…

Toujours est-il que la nouvelle direction barcelonaise a déjà publié les premiers cartels de la saison et l'un d'entre eux a fait l'effet d'une bombe : le 17 juin, José Tomas effectuera son retour aux arènes, pour affronter des taureaux de Nuñez del Cuvillo, entre Finito de Cordoba et Cayetano ! On peut penser qu'il y aura à l'extérieur de la Monumental l'habituel concert de casseroles, mais aussi le panneau No hay billetes

Et vous savez ce que conseillent les aficionados espagnols à ces édiles opposants ? De prendre exemple sur les politiques français Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, candidats aux élections présidentielles, qui ont déjà manifesté leur sympathie à l'égard des courses de taureaux. Il n'y a plus de Pyrénées…

Jean-Louis Lopez

 

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